Mes débuts de voyageuse ordinaire désorganisée.

J’avais 20 ans, l’âge où tu crois que le monde t’attend les bras ouverts alors qu’en réalité, il te regarde juste en silence, un sourcil levé. J’étais en plein trip de voyage, convaincue que j’étais prête pour l’aventure internationale. Spoiler : j’étais prête pour absolument rien.

J’atterris à Paris, fière comme si j’avais déjà accompli quelque chose. Je récupère ma valise, je respire l’air parisien (qui sentait surtout l’aéroport), et je me dis : Ça y est, je suis une vraie voyageuse. Puis je regarde l’adresse de mon hôtel.

Provence. Oui, la Provence. À des centaines de kilomètres. Dans une autre région. À l’autre bout du pays.

Après avoir paniqué deux minutes, j’ai fait ce que toute personne raisonnable ferait : j’ai appelé le premier hôtel du bord, l’Ibis à côté de l’aéroport d’Orly. Le glamour incarné. J’ai demandé une chambre comme si j’étais une femme d’affaires pressée, alors qu’en réalité, j’étais juste une nobody désorientée qui venait de découvrir que la géographie, c’est important.

Une fois installée dans mon palace improvisé avec vue sur le stationnement, j’ai décidé d’aller explorer. Je n’ai aucun sens de l’orientation. Aucun. Mais comme je suis presque brillante, j’ai élaboré une stratégie : aller toujours tout droit, puis revenir sur mes pas. Simple. Logique. Infaillible.

Sauf que Paris, évidemment, n’est pas faite en ligne droite. Paris est faite en arrondissements, en rues qui tournent, qui bifurquent, qui se divisent, qui te jugent et qui t’égarent. Résultat : je me suis perdue. Encore. Mais cette fois avec une confiance ridicule.

Je me suis rendue à la station RER Antony, j’ai pris le premier train qui arrivait, et je suis descendue à une station dont le nom me semblait familier : Jardins du Luxembourg. Pourquoi? Aucune idée. Ça sonnait chic, c’était suffisant.

J’ai marché un bout, j’ai même descendu dans le métro pour vérifier si l’odeur infecte dont tout le monde parlait était vraie. C’était vrai. Mais bon, j’y suis allée avant même l’arrivée de l’Euro, pour situer dans le temps. Une époque où le métro sentait… eh bien, le métro pré‑Euro.

Bref, étant à Paris, je me suis dit que je devais aller voir la tour Eiffel. J’ai fini par m’y rendre, et arrivée devant, je me suis dit : « Ouin… c’est ça? C’est brun! » Quand tu la vois le jour, dans sa couleur naturelle, plutôt que le soir illuminée… ça change les affaires.

J’ai marché encore, je me suis perdue encore, et à un moment donné, j’ai pris un autobus au hasard en me disant : Je vais voir où je vais me rendre. Une vraie aventurière.

Heureusement, la deuxième journée, j’avais un guide : mon correspondant français. Pour une fois, j’étais pas perdue. J’ai découvert ce que ça fait de voyager comme une personne normale. Ça a duré quelques heures. C’était beau.

Mon moment fort de Paris, par contre? Pas la tour Eiffel. Pas les musées. Pas les monuments.

Le trafic autour de l’Arc de Triomphe. Un show. Une chorégraphie chaotique où les voitures se frôlent, s’évitent, se foncent presque dedans, mais sans jamais se toucher. J’étais fascinée. Ça, c’est du concret.

Et non, je ne suis pas allée au Louvre. Il y avait une file d’attente interminable, et aller là juste pour voir la Joconde? Bof. De toute façon, l’histoire m’emmerde et les musées aussi. Moi, j’aime le concret. J’aime toucher des affaires. Pas regarder un tableau derrière une vitre en me demandant si je suis censée ressentir quelque chose.

Et pire encore : j’ai détesté l’attitude générale des Parisiens. Comme tout le monde, finalement. Entre les soupirs, les yeux levés au ciel et les “c’est évident, madame”, disons que l’accueil n’était pas exactement chaleureux.

Mais malgré tout ça… C’était mon premier vrai voyage. Chaotique, désorganisé, drôle malgré moi. Et surtout : mémorable.

À suivre…

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